Alexandre Dumas

Quand d'Artagnan et Porthos vendent de la paille

L'extrait suivant est issu de Vingt ans après, écrit par Alexandre Dumas et publié en 1845.

Nous sommes dans le 56ème chapitre, intitulé Comment d'Artagnan et Porthos gagnèrent, l'un deux cent dix-neuf, et l'autre deux cent quinze louis à vendre de la paille. C'est l'époque de la fronde, d'Artagnan, Porthos et son laquais Mousqueton viennent d'accompagner la reine Anne d'Autriche, le futur Louis XIV enfant, Mazarin et la cour dans leur fuite à Saint-Germain. Au château, il n'y a que trois lits et toute la cour s'inquiète de devoir dormir par terre. D'Artagnan et Porthos s'en vont alors acheter toutes les bottes de pailles de la ville pour les revendre en faisant un bénéfice au passage.

Cependant, Dumas a commis une (plusieurs) erreur(s) dans ce chapitre. Saurez-vous la (les) trouver ?

Comment d'Artagnan et Porthos gagnèrent, l'un deux cent dix-neuf, et l'autre deux cent quinze louis à vendre de la paille

    D'Artagnan se rendit chez le marchand de fourrages et traita avec lui de cent cinquante bottes de paille qu'il possédait, moyennant la somme de trois pistoles. Il se rendit ensuite chez l'aubergiste, où il trouva Porthos qui venait de traiter de deux cents bottes pour une somme à peu près pareille. Enfin le fermier Louis en mit cent quatre-vingts à leur disposition. Cela faisait un total de quatre cent trente.
    Saint-Germain n'en avait pas davantage.
    Toute cette rafle ne leur prit pas plus d'une demi-heure. Mousqueton, dûment éduqué, fut mis à la tête de ce commerce improvisé. On lui recommanda de ne pas laisser sortir de ses mains un fétu de paille au-dessous d'un louis la botte ; on lui en confiait pour quatre cent trente louis.
    Mousqueton secouait la tête et ne comprenait rien à la spéculation des deux amis.
    D'Artagnan, portant trois bottes de paille, s'en retourna au château, où chacun, grelottant de froid et tombant de sommeil, regardait envieusement le roi, la reine et Monsieur sur leurs lits de camp.
    L'entrée de d'Artagnan dans la grande salle produisit un éclat de rire universel ; mais d'Artagnan n'eut pas même l'air de s'apercevoir qu'il était l'objet de l'attention générale et se mit à disposer avec tant d'habileté, d'adresse et de gaieté sa couche de paille que l'eau en venait à la bouche à tous ces pauvres endormis qui ne pouvaient dormir.
    - De la paille ! s'écrièrent-ils, de la paille ! où trouve-t-on de la paille ?
    - Je vais vous conduire, dit Porthos.
    Et il conduisit les amateurs à Mousqueton, qui distribuait généreusement les bottes à un louis la pièce. On trouva bien que c'était un peu cher ; mais quand on a bien envie de dormir, qui est-ce qui ne paierait pas deux ou trois louis quelques heures de bon sommeil ?
    D'Artagnan cédait à chacun son lit, qu'il recommença dix fois de suite ; et comme il était censé avoir payé comme les autres sa botte de paille un louis, il empocha ainsi une trentaine de louis en moins d'une demi-heure. À cinq heures du matin, la paille valait quatre-vingts livres la botte, et encore n'en trouvait-on plus.
    D'Artagnan avait eu le soin d'en mettre quatre bottes de côté pour lui. Il prit dans sa poche la clef du cabinet où il les avait cachées, et, accompagné de Porthos, s'en retourna compter avec Mousqueton, qui, naïvement et comme un digne intendant qu'il était, leur remit quatre cent trente louis et garda encore cent louis pour lui.
    Mousqueton, qui ne savait rien de ce qui s'était passé au château, ne comprenait pas comment l'idée de vendre de la paille ne lui était pas venue plus tôt.
    D'Artagnan mit l'or dans son chapeau, et tout en revenant fit son compte avec Porthos. Il leur revenait à chacun deux cent quinze louis.
    Porthos alors seulement s'aperçut qu'il n'avait pas de paille pour son compte, il retourna auprès de Mousqueton ; mais Mousqueton avait vendu jusqu'à son dernier fétu, ne gardant rien pour lui-même.
    Il revint alors trouver d'Artagnan, lequel, grâce à ses quatre bottes de paille, était en train de confectionner, et en le savourant d'avance avec délices, un lit si moelleux, si bien rembourré à la tête, si bien couvert au pied, que ce lit eût fait envie au roi lui-même, si le roi n'eût si bien dormi dans le sien.
    D'Artagnan, à aucun prix, ne voulut déranger son lit pour Porthos ; mais moyennant quatre louis que celui-ci lui compta, il consentit à ce que Porthos couchât avec lui.

Alexandre Dumas, Vingt ans après

Alors avez-vous repéré des erreurs ?

La première se trouve dès le premier paragraphe. La somme des bottes de pailles est inexacte. On a 150+200+180 = 530, et non pas 430 comme l'annonce Dumas.

La deuxième est moins claire et d'ailleurs peut-être ne serez-vous pas d'accord. Porthos et d'Artagnan ont gagné à eux deux les 430 louis que leur a donné Mousqueton. Pourtant, il est anoncé dans le titre que d'Artagnan a gagné 219 louis et Porthos 215, soit à eux deux... 434 ! Alors d'où viennent les quatre louis de différence ?

Bien entendu, ces quatre louis sont ceux donnés par Porthos à d'Artagnan pour partager son lit. Oui mais ces quatre louis, sont donc comptabilisés à la fois dans les 115 euros gagnés par Porthos et dans les 119 euros gagnés par d'Artagnan ! Cette façon de compter ne semble pas vraiment raisonnable.

Si l'on comptait de cette façon il serait très facile de gagner beaucoup d'argent. Prenez une pièce de 1 euro, et échangez-vous la 1000 fois avec un ami. En moins d'une heure vous pourrez comme ça gagner 1000 euros ! Formidable non ?
Bien sûr, vous les aurez aussi perdus entre-temps, donc pas si génial que ça finalement...

Faut-il alors considérer que Porthos n'a gagné que 211 euros ? Pas vraiment non plus, car il a réellement gagné ses 215 euros et le fait d'en avoir dépensé une partie ensuite ne change rien à ça.

Alors ? Dumas s'est il trompé dans les comptes des deux mousquetaires ? À vous de décider, je ne crois pas qu'il y ait de réponse indiscutable à cette question...

Remarquez que si on fait la somme de tous les billets et pièces en euros qui circulent dans le monde, cela fait entre 600 et 700 millions d'euros. Poutant, le PIB de l'europe se compte en milliers de milliards d'euros. Comment cela est-il possible, il n'y a pas assez de monnaie pour rendre possible ce PIB ?

La réponse est la même que dans l'histoire des deux mousquetaires : la monnaie circule et peut être utilisée plusieurs fois par différentes personnes. Ainsi la somme de tous les échanges est largement supérieure à la somme disponible en monnaie. À vrai dire, il faut aussi tenir compte du fait qu'aujourd'hui beaucoups d'échanges se font de façon informatique (cartes bleues...) et donc ne nécessitent pas de monnaie.

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